Des amis. Pas des amis Facebook. De vrais amis.
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On tient pour acquis que tout le monde a des amis. De vrais amis. Mais honnêtement, même si j’aime les gens, me faire des amis n’a pas toujours été facile pour moi.

Je me rappelle un soir en 2013 lorsque j’étais à un concert avec des gens d’un groupe parascolaire que je fréquentais pendant mes études à McGill. Je ne connaissais presque personne, sauf des gens qui avaient déjà leur propre groupe d’amis. Je leur ai timidement demandé si je pouvais m’asseoir avec eux, en m’attendant à moitié à ce qu’on refuse poliment en me suggérant de trouver des gens de mon âge (ils étaient plus âgés que moi). Mais, au contraire, on m’a accueillie. Ça m’a tellement surprise. À la fin du concert, j’ai essayé de remercier quelqu’un dans le groupe en lui disant que d’habitude, les gens ne sont pas comme ça avec moi. Qu’on ne m’a jamais vraiment accueillie, que je n’ai pas vraiment eu l’opportunité d’avoir de bons amis ou tout simplement des gens qui m’acceptent comme je suis.

Je me rappelle encore sa réaction : il m’a regardée un peu comme si j’étais une extra-terrestre. Il a ri et a dit quelque chose du genre : « mais voyons donc ». J’ai essayé de continuer à expliquer, mais il ne comprenait simplement pas. Et je me suis rendu compte que j’ai vécu une expérience différente de celle de la plupart des gens. Pour lui, c’était sous-entendu que tout le monde avait de bons amis. Peut-être qu’il ne savait pas vraiment ce que ça voulait dire d’être délaissé ou rejeté. Mais de mon bord, ce moment d’être accueillie sans jugement, sans hésitation, ça m’a vraiment marquée.

Depuis longtemps, je me suis toujours sentie à part, différente, pas comme les autres. Au secondaire, je m’entendais mieux avec mes profs ou les élèves des années supérieures qu’avec les autres élèves de mon âge. J’avais peu d’amis proches.

« L’amitié naît à l’instant où une personne dit à une autre : Quoi? Toi aussi? Je pensais que j’étais la seule! » – C.S. Lewis

Je suis tout à fait d’accord avec cette citation de Lewis. On dirait qu’avoir quelque chose en commun avec quelqu’un nous fait sauter de joie. On se sent moins seul. Il y a un lien qui se tisse instantanément. Parler des heures au téléphone, faire des sorties spontanées, rire ensemble des choses de la vie. Cette proximité, cette intimité est comme une bouffée d’air frais.

Mes premiers vrais amis au secondaire étaient les gens en musique. On était tous différents, mais rendus dans le local de musique, seules notre passion pour la musique et la joie que ça nous apportait de jouer ensemble comptaient. On travaillait fort pour un concert, on partageait des moments de joie lorsqu’on réussissait un passage compliqué, et on vivait ensemble la frustration des répétitions difficiles. On ne pensait pas aux examens, aux cours, aux notes; c’était notre échappatoire, notre île secrète.

Entre temps, en secondaire 3, je me suis fait une très bonne amie qui avait un an de plus que moi. On se comprenait. Elle était bollée, comme moi. On aimait l’école, apprendre, réussir, et on trippait sur les sciences. Disons que ce n’était pas très courant, surtout pour des filles. Alors on s’est rapproché pas mal vite. Finalement, j’avais trouvé quelqu’un qui me comprenait entièrement, pas juste en partie, et qui m’acceptait totalement comme j’étais. Ça faisait vraiment du bien.

Notre amitié allait super bien, du moins, la première année. Et puis, elle a commencé à sortir avec un gars. Vite comme ça, je me suis à nouveau retrouvée seule. Elle n’avait plus de temps pour moi, elle avait trouvé un autre cercle d’amis. Je ne rentrais plus dans son monde, parce qu’elle, elle avait un copain.

Vous pensez peut-être qu’en tant que fille, j’étais jalouse du fait qu’elle avait un copain et moi non. Mais honnêtement, ce qui m’attristait était le fait que j’avais fait confiance à cette amie, j’avais été vulnérable, et tout à coup, notre amitié s’était désintégrée. J’avais l’impression que j’avais été utilisée pour combler un vide jusqu’à ce qu’une autre option plus satisfaisante arrive.

Vous vous rappelez mon île secrète de tantôt? Eh bien, elle n’était pas parfaite. Il y avait quand même des gens en musique qui se moquaient de moi ou qui parlaient dans mon dos.

La réalité n’est pas facile. On ne pourra pas toujours fuir les difficultés de la vie sur des « îles secrètes ». On n’aura pas toujours l’opportunité d’avoir des amis qui nous comprennent complètement. Dans le fond, même si on a soif d’être accepté, d’avoir une complicité ou une intimité avec les gens autour de nous et nos amis, eh bien, les circonstances changent, le temps passe, les amitiés meurent. Est-ce qu’il est donc vraiment possible de combler ces soifs de sécurité, d’acceptation et d’appartenance?

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