Des lignes redressées
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« Ted Bundy, le tueur en série, ne voyait pas pourquoi, après son arrestation, on faisait tout un plat de son cas. David Von Drehle cite ainsiun Bundy exaspéré dans Among the Lowest of the Dead : « En fait, c’est qu’il y a tellement de gens. » — Annie Dillard

Il y a quelque chose qui cloche dans notre monde. Que dire de plus lorsque chaque journée témoigne d’une angoisse, d’une misère et d’une souffrance inexprimables ? Le sentiment de discorde est inévitable.

Nous savons qu’il est répréhensible quedes gens se jettent devant un train, des parents étranglent et battent leurs enfants et des pauvres meurent de faim dans un monde d’abondance. Il se peut que nous parvenions à nous faire croire que le bien et le mal ne sont rien de plus que le fruit de l’imagination humaine, sujette aux simples préférences d’une culture et d’une société, mais lorsque nous avons sous les yeux une dévastation horrible et des atrocités, il devient impossible de nous bercer d’illusions plus longtemps.

Les effets du mal nous hantent, nous blessent et nous marquent. La souffrance n’est pas qu’un phénomène extérieur, quelque chose qui n’arrive qu’aux autres. La souffrance est aussi profondément personnelle ; elle ne tient aucun compte de notre éducation, de notre statut social et de notre culture – personne n’y est immunisé.

Un problème cardiaque non détecté enlève la vie à votre meilleur ami.

Mensonges et infidélité déchirent en deux une vie fusionnée dans le mariage.

Des paroles cinglantes blessent plus profondément que des bâtons et des pierres.

Un père intimide et exerce des pressions, privant de son amour et de son approbation.

Le cancer ravage le corps d’un enfant bien-aimé.

Les souffrances ne résultent certainement pas toutes directement d’une injustice. Pourtant, nous ne sommes rarement que des victimes ; nous sommes également acteurs – nous réagissons au mal par le mal, et non par le bien. Craignant d’être plus blessés, certains d’entre nous se dissocientde la vie et se réfugient derrière des murs d’autoprotection fragiles. Ou encore, ils deviennent cyniques, amèrement déçus de la vie, incapables d’éprouver de la compassion devant la douleur des autres. Il se peut également qu’ils blessent les autres, les faisant souffrir pour mieux échapper à leurs propres souffrances. Il est possible aussi qu’ils se tournent vers les narcotiques et les divertissements satisfaisants pouroublier leurs problèmes, ne serait-ce que quelques instants. Ils laissent leur douleur justifier leurs actions. Ils refusent d’admettre leur complicité dans la perpétration du mal.

Si seulement l’humanité pouvait se perfectionner elle-même – régler son propre cas –, on penserait bien qu’elle l’aurait déjà fait, mais l’Histoire n’a prouvé que notre incapacité à y parvenir. Aucune mesure d’éducation, de conscientisation, d’avancement technologique, de médication ou de pensée positive n’a réussi à endiguer la marrée. C’est comme si nous ignorions comment vivre, comme si toute l’humanité avait un penchant pour la destruction. Souvent, on dirait que c’est nous le problème.

Et nous en venons, à un certain point, à nous demander : La souffrance n’est-elle qu’un détail sans rapport dont le cosmos ne sait que faire ? Le mal et l’injustice ne sont-ils que de simples rouages dans la machine de la vie auxquels il est impossible d’échapper ?

Le monde en général ne se soucie aucunement de notre souffrance. Nous ne sommes que des chiffres. Des statistiques. Des accidents cosmiques. De simples hasards. Dans notre monde, la souffrance est une absurdité – inévitable, mais dénuée de sens.

Et pourtant, devant la souffrance, tout en nous nous crie le contraire.

Notre expérience contredit notre philosophie. Si la réalité ne change pas, comme l’auteur C. S. Lewis l’a découvert, notre compréhension de cette réalité doit alors changer :

L’argument que je retenais contre Dieu était que l’univers paraissait si cruel et si injuste ! Mais d’où pouvait bien me venir cette idée de juste et d’injuste ? On ne peut définir une ligne brisée qu’en possédant la notion de ligne droite. […] Ainsi, prouver l’inexistence de Dieu ou, en d’autres termes, que la réalité dans son ensemble était un non-sens me contraignait à accepter qu’une partie de la réalité (mon idée de justice) était pleine de sens.

Notre soif d’une justice durable atteste notre besoin d’une source de justice, notre besoin de Dieu et d’un Sauveur.

Personne ne connaît la réalité de la souffrance mieux que Jésus-Christ.

Il a quitté le confort de son propre royaume pour entrer dans notre monde dévasté. Bien qu’il ait été innocent, on l’a trahi, abandonné et mis à mort. On a roué son corps de coups, puis on l’a cloué à la croix.

Le plus souvent, nous sommes responsables des injustices qui sont commises ici-bas ; c’est nous qui méritons un châtiment. Et pourtant, Jésus est mort à notre place – par une manifestation de grâce, Dieu a payé en notre nom le prix ultime pour la justice, à savoir la peine de nos mauvaises actions. L’amour et la grâce de Dieu envers nous ne sont pas des expressions sentimentales abstraites – ils lui ont coûté très cher. Il a agonisé sur la croix afin que nous soyons pardonnés et déclarés irréprochables.

Ma soif de justice est étanchée en la personne de Jésus-Christ. Au coeur de sa propre souffrance, Dieu a démontré son amour et son désir de justice. Son amour transformateur change la manière dont je réagis au mal et à l’injustice. De plus, Dieu connaît ma souffrance ; elle n’est pas absurde ou sans conséquence. Il se peut que je n’aie pas toutes les réponses, mais je ne désespère pas, parce que je connais Jésus.

Il est digne de confiance. Il est suffisant. Et, un jour, il rétablira toutes choses.

Dillard, Annie. « The Wreck of Time. » Harper’s Magazine. January 1998.
Lewis, C.S.. Mere Christianity. New York: HarperCollins, 2000. 38.