Envolé en fumée
Photo par R'eyes.
Photo par R'eyes.
Par


J’aimais beaucoup fumer de l’herbe. Que ce soit un joint tôt le matin avec les gars ou un pinner en me promenant en après-midi, c’était une des choses que j’aimais le plus faire. J’aimais rire de stupidités jusqu’à en avoir mal aux côtes. J’aimais avoir le sentiment d’être beaucoup plus près de mes amis et d’être capable de parler de n’importe quoi avec ouverture d’esprit et vulnérabilité. Le pot a constitué un élément clé de mon expérience universitaire, et tout me plaisait dans le fait de me geler.

Presque tout, en fait. Je dois avouer que je n’aimais vraiment pas que le pot me mette dans l’embarras. Je me rappelle qu’une fois j’ai raconté une blague et que personne n’a ri. J’ai cru que tout le monde était fâché contre moi. Je me suis rendu compte plus tard qu’ils tripaient tous sur un poster.

Je n’aimais pas particulièrement non plus la léthargie dont mon habitude semblait s’accompagner. Graduellement, j’ai cessé d’assister à mes cours et de m’entraîner au gym pour passer toute la journée chez moi à fumer la pipe à mari avec mes colocs. Les activités productives avaient vraiment du mal à concurrencer les 10 $ de pot sur la table et les jeux vidéo dans le salon. Mais ce n’était pas la fin du monde. Je trouvais que ce troc en valait la peine. Mes notes n’étaient pas si mauvaises, de toute façon.

Au fil du temps, cependant, ce troc a perdu son attrait à mesure que les choses ont commencé à changer. Plus ma tolérance au pot augmentait, plus ce qui avait été une aventure de plusieurs heures est lentement devenu un feu de paille suivi d’heures d’une stupeur mêlée de paresse. Rien d’étonnant à ce qu’on appelle ça « griller » – c’est exactement comme ça que je me sentais après : éteint et démotivé.

Durant l’été qui a suivi ma première année d’université, Danielle, ma blonde, et moi sommes allés visiter l’Irlande sac au dos. Après notre retour au pays, elle m’a téléphoné. Elle qui s’était dit athée m’a informé qu’elle avait « trouvé Dieu » dans la beauté étonnante de la nature irlandaise. Comme j’allais moi‑même à l’église à l’occasion, je m’en suis réjoui pour elle.

Mais il y avait quelque chose de différent chez elle. Au fil de notre conversation, j’ai senti en elle une joie que je n’avais jamais vue avant. Durant nos conversations ultérieures, j’ai compris qu’il ne s’agissait pas simplement de bonne humeur ; c’était comme si soudain elle s’était mise à savourer profondément une chose, qui lui procurait la paix.

Tout ça me convenait bien, jusqu’à ce qu’elle m’annonce avoir renoncé à fumer de l’herbe. Je n’arrivais pas à le croire. Quand je me suis moqué de sa nouvelle dévotion, dans l’espoir de la dissuader de s’en tenir à son engagement, elle m’a expliqué résolument que c’était quelque chose qu’elle avait fait avec plaisir de son propre chef – et non en répondant à contrecœur à un genre de rabat-joie cosmique.

Elle ne m’a pas convaincu, mais on a continué d’aborder le sujet de temps à autre. J’avais toujours cru en Dieu, mais l’idée qu’il exige un genre d’engagement de ma part me semblait beaucoup demander. Au cours d’une certaine conversation, Danielle a résumé sa décision en m’expliquant qu’elle avait troqué son ancienne vie et ses anciennes aspirations contre ce qu’elle appelait « la vie abondante » en Dieu. Apparemment, c’est quelque chose que Jésus promettait.

OK. Alors pourquoi est‑ce que ma vie n’était pas abondante ? Je croyais en Dieu, moi aussi. J’ai donc ridiculisé cette notion. Mais je devais bien reconnaître que cette pensée résonnait en moi. Après tout, c’était pour cette raison que je m’étais mis à fumer du pot en premier lieu : en quête d’un genre de vie abondante.

J’avais soif de quelque chose de palpitant, d’aventure. Je voulais obtenir plus de la vie. J’imagine que fumer du pot était ma solution à ce désir ardent. Me geler avec mes amis me promettait de me faire échapper à une vie ordinaire, de nous lancer dans des aventures et de nous procurer des missions à accomplir, et ça m’aidait à fuir. J’adorais ça. Vraiment ?

Je me suis donc sorti ces pensées importunes de l’esprit et ma vie a repris son cours normal. J’ai continué de fumer de l’herbe, en faisant de mon mieux pour faire la sourde oreille aux possibilités que Danielle avait fait naître dans ma tête. Mais en y repensant bien, je crois que j’en venais lentement à comprendre la futilité de mon passe-temps.

Le moment décisif s’est présenté quelques mois plus tard, lors d’un concert de Radiohead à New York. Le groupe a fini par monter en scène et, désireux d’améliorer notre expérience du spectacle, on s’est vite allumé un joint de célébration. Comme on pouvait s’y attendre, le spectacle était extraordinaire : un kaléidoscope d’effets visuels et une musique formidable. Par contre, comme toutes les fois précédentes, je n’ai pas tardé à me sentir épuisé. La léthargie s’est emparée de moi. Je me suis même mis à bâiller.

Vers la fin de la soirée, j’en ai fumé plusieurs autres pour compenser, mais ça n’a rien donné. Le pire, c’est que la foutue gêne s’est pointé le bout du nez. J’ai choisi de ne pas sauter sur place et de ne pas danser, par peur d’avoir l’air ridicule. C’est la goutte qui a fait déborder le vase. La plus irrationnelle des peurs – je doute fort que quiconque parmi les 65 000 personnes présentes se soit préoccupé de la qualité de ma danse – atténuait la joie que j’éprouvais à assister au spectacle. L’herbe m’avait déçu pour la dernière fois. C’en était fini pour moi.

Sur le chemin du retour, avec mes copains sans connaissance et ronflant, j’ai fumé un dernier joint au volant avant de faire mes adieux au pot. Encore fâché de cette trahison, j’ai jeté mon mégot par la fenêtre et je me suis remémoré mes conversations avec Danielle. Je croyais en Dieu, mais j’avais du mal à croire qu’il pouvait réellement me procurer le genre de vie que j’avais toujours voulu avoir. Je me suis dit que le seul moyen d’en avoir le cœur net, c’était de faire un pas de foi et de simplement mettre ma confiance en lui.

Le lendemain matin, je me suis réveillé avec une mission. Si je voulais avoir cette vie abondante que Jésus offrait, je devais la lui demander. Je devais arrêter d’essayer de m’en créer ma propre version et lui confier ma vie, croyant qu’elle serait entre de meilleures mains que les miennes. L’idée me faisait peur, mais c’est précisément ça la foi, non ?

Je n’avais jamais vraiment prié par le passé, mais je me suis agenouillé et je l’ai fait quand même. Maladroitement, sans doute, mais pour une raison ou pour une autre, je savais qu’il m’écoutait. J’ai demandé à Dieu de prendre les commandes de ma vie et de me donner la vie qu’il promettait.

Je me suis levé. Aucun éclair ; aucune lumière blanche. Est‑ce que ça avait marché ? Le lendemain, j’ai décidé d’ouvrir une bible pour en apprendre plus. Mon ami, il y a de l’or là‑dedans ! Je n’arrivais pas à croire combien j’aimais la lire. Au fil du temps, j’ai eu de plus en plus faim de Dieu. J’imagine que c’est comme ça que j’ai vraiment compris que les choses avaient changé.

Arrêter de fumer du pot, c’est une chose, mais éprouver soudain ces désirs inconnus en est une tout autre. Le plus fou dans tout ça, c’est que je me suis mis à voir que Jésus avait fait exactement ce qu’il avait promis de faire. Ma vie s’est graduellement démarquée par l’aventure, la raison d’être et la joie que j’avais désirées aussi longtemps que je pouvais me le rappeler. Je suis allé dans des endroits et j’ai vu des choses dont je n’aurais pu que rêver. Ça semble fou, je sais, mais je dois vous le dire : il n’y a rien d’ordinaire dans le fait de suivre Dieu.

Articles similaires