Prisonnier de mon orgueil
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Cet article est le deuxième dans une série. Voir le premier : Le bouc émissaire

— « Jacques, ta mère et moi on aimerait te parler. »

Mon père me regarde avec air sérieux. Peu importe de quoi il s’agit, ça n’a pas l’air bon pour moi. Apparemment, j’ai fait quelque chose, mais quoi?

Mes parents m’emmènent à la cave, on s’installe dans les divans, mon père prend une grande respiration, c’est extrêmement sérieux.

— « Ton professeur de français nous a appelés. Il parait qu’il y a des gars dans ta classe qui te malmènent. »

Mon professeur de français… Elle a des yeux et des oreilles partout! Et elle n’a pas pu s’empêcher de se mêler de ce qui ne la regardait pas!

— « Bof… Elle exagère… »

J’essaie de ne pas pleurer.

— « Il parait que tu te fais frapper. »

— « Ben non, c’est juste des jokes. On fait ça pour rire. »

C’est là que je tombe en larmes, la vérité c’est que ça fait plus d’un an et demi que ça dure. Un gars de ma classe, beaucoup plus grand que moi, m’a choisi comme son souffre-douleur. Il m’insulte, il me frappe, il me vole parfois des choses, parfois il me fait faire ses devoirs. Et il a des gars avec lui qui le suivent là dedans. Souvent, ils sont juste à côté et ils rient. Parfois, ils me tiennent pendant que l’autre me frappe. Mais moi je ne veux rien dire, je ne veux pas être un dénonciateur. Je veux régler mes problèmes par moi-même. Je veux avoir l’air insensible à ses coups. Je veux que tous ceux qui me voient me faire humilier sachent que ça ne me fait pas mal. Mais je n’ai aucun plan réel pour me sortir de cette situation. Et je suis tourmenté du matin au soir à l’idée de ce qui se passe à l’école.

À force de questions, comme je ne suis plus capable de faire la comédie, mes parents finissent par tout savoir. De mon côté, je ne suis pas certain si je trouve ça libérateur, ou si je suis terrorisé à l’idée que maintenant mes parents savent.

— « Pourquoi tu ne nous en pas parlé avant Jacques? »

Je fixe le plancher.

— « Je sais pas. »

— « Bon, on va contacter le directeur et on va régler ça. ”

— « NON! On n’en parle pas au directeur! »

Bien qu’à ce point mon visage est complètement rouge et rempli de larmes, que j’aie pleuré comme un petit enfant, mon orgueil a la vie dure. Pas question que mes persécuteurs finissent par savoir qu’ils me démolissent à l’intérieur.

Les négociations qui s’ensuivent sont presque interminables. Je finis quand même par obtenir de mes parents une promesse qu’ils ne contacteront pas la direction de l’école.

J’ai été déçu quelques jours plus tard d’apprendre que mes parents ont décidé de ne pas tenir promesse. Le directeur a rencontré l’étudiant qui était à la source de tous mes problèmes et l’a mis en garde.

J’étais convaincu que ça n’allait qu’empirer les choses. Je le voyais déjà me traiter de tous les noms parce que je l’avais dénoncé, me frapper encore plus fort qu’avant. Je m’attendais à voir l’école au complet me ridiculiser parce que j’utilisais la direction pour régler mes problèmes.

La suite m’a grandement surpris.

Tous les gars qui avant prenaient plaisir à me ridiculiser étaient maintenant polis. Personne ne riait de moi, j’étais respecté.

Il semble que mon intimidateur avait une peur bleue de la direction. Pendant un an et demi, ce qui lui permettait de me faire tout le mal qu’il voulait était mon orgueil qui refusait de le dénoncer.

On veut tous être forts, régler tous nos problèmes par nous-mêmes. Mais la réalité c’est qu’on a tous besoin de quelqu’un. Notre orgueil est souvent notre premier ennemi, celui qui s’assure que l’on continuera de souffrir en silence, alors que notre liberté peut être à un « À L’AIDE » près.

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