Je me souviens… de quoi?
Photo par Joe Shlabotnik
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En 1883, Eugène-Étienne Taché fait graver dans la pierre principale des portes de l’Assemblée nationale québécoise les mots « je me souviens » en dessous de l’ardoise provinciale et ils deviennent ainsi la devise du Québec.

Je me souviens.

Mais on se souvient de quoi? Comme chantent les Cowboys Fringants, seules les plaques de char ont un peu de mémoire de nos jours. J’en suis au point de considérer assez sérieusement l’achat du livre L’Histoire du Québec pour les Nuls désormais disponible chez Archambault pour 34,95 $. Et pourtant, nous sommes un peuple d’histoire. Notre histoire définit qui nous sommes. Mais ça, nous l’avons oublié. Non c’est vrai, vous avez raison. On se souvient de Jacques-Cartier, des Plaines d’Abraham et de l’Accord du lac Meech. Bref, on se souvient des grandes lignes. Mais ce qui est inquiétant, c’est que même en prenant soin de se souvenir des évènements clefs de notre identité, on a quand même réussi à oublier notre passé, à négliger notre héritage.

Aujourd’hui, notre attention est sur les nouvelles choses. Le nouveau remplace l’antique en termes de valeur alors qu’avant c’était le contraire. Le Québec oublie ses valeurs, mais ce qui importe aujourd’hui, c’est le nouveau. Nous avons tous la ferme croyance que la solution à nos problèmes appartient au futur. Une question folle à considérer : et si la raison pour laquelle on cherche plus pour trouver moins était le fait que notre solution ne se trouve pas dans l’avenir, mais plutôt dans le passé?

Je me souviens.

Saviez-vous qu’aujourd’hui les historiens se débattent sur la signification de ces mots? On se demande ce que voulait dire Taché, mais on le sera probablement jamais. Et en attendant, nous, on fait quoi? De quoi devons-nous nous souvenir? Peut-être bien de quelque chose qu’on a oublié.

Pendant la Révolution tranquille des années 1960, le Québec a décidé que c’en était assez. C’était le temps de faire le grand ménage! On a dit non au cléricalisme. Non au portage d’eau. Non au silence. Et non à Dieu. Désirant se débarrasser de la religion, le Québec s’est débarrassé de Dieu. Il était de trop ou encore pas au bon endroit au bon moment. Bref, un dommage collatéral pour le bien de la société. Mais en mettant Dieu dehors, avons-nous perdu quelque chose en chemin?

Je ne nie certainement pas les abus du passé qui ont mené à la Révolution tranquille. Mais avons-nous raison de tout jeter par la poubelle sans faire le tri? Est-ce que le but du christianisme est seulement de suivre un tas de règles pour mener une bonne p’tite vie religieuse?

Je ne crois pas. Tout d’abord parce que ce n’était pas le message du fondateur du christianisme.

Jésus un bon jour s’est rendu dans le temple de Jérusalem (dans ce temps-là, il y en avait un). Le temple, c’est sacré. Ça sert à rencontrer Dieu. Mais Jésus a franchi les portes du temple et il a trouvé une gang de capitalistes opportunistes qui profitaient du trafic en vendant de quoi aux gens. Ils profitaient du temple. Le pire : les chefs religieux étaient d’accord, ça soutenait les activités religieuses de la place. La réaction de Jésus? Il a pris un fouet et s’est mis à chasser ces malfaiteurs. Pour Jésus, le temple n’est pas un lieu où on paie pour poursuivre une religion. C’est un lieu où on rencontre Dieu. La religiosité n’a pas de valeur pour Jésus; ce qui compte, c’est notre relation avec Dieu. C’était si important pour lui qu’il disait qu’il était venu pour nous faire connaître Dieu. Dans Jean 14.6, il va même jusqu’à dire : « Le chemin, c’est moi, parce que je suis la vérité et la vie. Personne ne va au Père sans passer par moi. Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. »

Le message de Jésus est censé être le message du christianisme. Lorsque ce n’est pas le cas, peut-être que le christianisme aussi a quelque chose dont il devrait se souvenir.

Personne ne va nier l’importance de Jésus à travers l’Histoire. Denis Arcand a déjà dit lors d’une entrevue : « Les paroles de Jésus sont incontournables. Pour moi, ce sont les plus grandes paroles jamais prononcées sur le sens de la vie. J’ai abandonné la pratique religieuse, mais la voix de Jésus me revient. » S’il est un personnage si important, ça vaudrait la peine pour nous de vérifier si ce qu’il disait est vrai. Passons-lui le micro et écoutons. Peut-être allons-nous nous découvrir.

Voici mon plaidoyer : souvenons-nous de notre héritage spirituel. L’ignorer serait ignorer une partie fondamentale de notre identité québécoise. Cette citation de Denise Bombardier fait beaucoup réfléchir : « On ne peut déchristianiser et décléricaliser brutalement sans secousse et sans conséquence. Et pire, en faisant semblant que tout cela n’a jamais existé, car ma génération par un réflexe honteux, n’a pas transmis à ses enfants cette mémoire de notre passé. La devise du Québec, je me souviens, n’a jamais été autant battue en brèche. Comme le répétait le flamboyant Gaston Miron, “Je me souviens” mais on ne se rappelle de rien. »

Je veux me souvenir. Et toi?

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