La fuite
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Un footballeur levant des haltères dans un gym.
Un couple blotti devant un portable à regarder des photos sur Facebook.
Un groupe de jeunes jouant à World of Warcraft jusqu’à 4 h du matin.
Un cercle d’amis faisant la fête un vendredi soir.
Des vies qui semblent différentes, mais qui ont pourtant peut-être quelque chose en commun.

Le désir ardent de fuir.

Je suis convaincu que, dans une certaine mesure, nous cherchons tous, ne serait ce qu’un instant, à être projetés dans une autre réalité. Nous voulons oublier la querelle que nous venons d’avoir avec notre petite amie, les critiques continuelles de nos parents ou le cri silencieux de nos dissertations. Nous voulons recevoir une injection d’euphorie pour nous aider à échapper à la monotonie de la vie ordinaire.

Peut-être que, dans votre cas, elle provient du frigo, de la chambre à coucher ou même d’une pile de manuels. Loin de moi la pensée de vous juger. Nous avons tous des exutoires différents. Et, bien entendu, nous ne leur donnons généralement pas le nom de « fuites ». Le plus souvent, nous leur en donnons d’autres : procrastination, distractions ou remontants. Dans le cas des gars, ce sont souvent la pornographie ou les jeux vidéo. Et dans le cas de mes amies de l’autre côté du mur des sexes, on m’a dit que la fuite prend souvent la forme d’un cocktail ou d’une tournée des boutiques.

Je sais ce que vous vous dites. Tout cela semble innocent, bien intentionné ou inoffensif sur le coup. Qui ne mérite pas de temps d’arrêt ? Je suis tout à fait d’accord. Nous avons tous besoin de vacances bien méritées ou d’un après-midi de congé loin du quotidien ennuyeux. Par contre, je parle ici de quelque chose de plus profond. Peut-être suis-je seul dans ce cas, ou peut-être l’avez-vous vécu aussi. Ce sont les moments où nos distractions prennent lentement les commandes de notre vie. Au lieu de nous procurer le moyen rapide de nous détendre, elles semblent prendre vie, nous emporter à la dérive et nous dérober notre satisfaction chemin faisant.

La fuite révèle également son côté sombre lorsque nous nous tournons vers nos exutoires pour éviter l’ennui, le stress ou la douleur : nous avons une mauvaise journée, alors nous mangeons nos émotions ; une mauvaise semaine, alors nous buvons trop ; une mauvaise année, alors nous nous abandonnons à une dépendance qui nous laisse vides et misérables.

Je ne suis pas philosophe, mais voici comment je définis le désir de fuir : à n’importe quel moment, la fuite est ce qui m’empêche d’être là où je devrais être, en train de faire ce que je devrais faire. Le comble de l’ironie, c’est que, plutôt que de nous rapprocher de là où nous voulons être, nos distractions nous en éloignent souvent.

Ne vous arrive-t-il jamais de vous demander si votre désir de fuir pourrait être la soif d’un antidote ?

Après avoir décrit le problème comme je le perçois, je devrais probablement vous dire ce que je fais pour le contrer. Il se peutque vous me trouviez rétro et bizarre, mais écoutez-moi jusqu’au bout.

Je fonde ma vie sur celle d’un Juif palestinien qui a vécu il y a deux mille ans. Oui, je parle bien de Jésus. Vous me croirez peut-être religieux et c’est possible, mais j’espère vous donner matière à réflexion.

Lorsque je dis Jésus, c’est important que je clarifie une chose. La religion institutionnalisée est connue comme un moyen facile de s’évader par le repli sur soi et un manque d’à-propos. Et pour ce que ça vaut, je suis du même avis. Selon moi, les distractions religieuses ne valent guère mieux que celles qui se trouventdans les bouteilles de verre ou le papier à joints. Sur ce point, il se peut que Marx ait eu raison, après tout. Cependant, lorsque je parle de ma foi, j’entends par là quelque chose de différent. Réfléchissons à la raison pour laquelle nous fuyons en premier lieu. Ce désir de fuir semble s’immiscer en nous au momentoù nous ne parvenons plus à supporter le surcroît des attentes insatisfaites, l’idée de passer une nuit de plus seul ou le poids d’un trimestre interminable.

Au coeur du chaos de la vraie vie, ce qui me plaît le plus en Jésus, c’est qu’il est l’antidote dont j’ai besoin. Que je sois fatigué, angoissé ou hébété, Jésus m’offre sa compassion, le goût de vivre et une perspective nuancée sur le monde. Il remplace ma monotonie par une raison d’être, ma culpabilité par l’acceptation, ma douleur par la consolation et mon ego par des yeux pour voir les besoins des autres. Ce Jésus ne se résume pas à un rituel ou à une spiritualité manquant d’à-propos.

Lorsque j’ai envie de fuir, Jésus fait de la place à mon besoin d’échapper à la cacophonie de la vie tout en me ramenant au jeu. Il me procure les bonnes lunettes pour voir que, sous les nombreuses distractions, ce que je veux réellement,c’est une raison d’être, le contentement et l’authenticité. Heureusement, il veut m’accorder ces choses tandis que je conforme ma vie à la sienne – sans l’effondrement qui suit un high.

Nous en voulons tous plus. Dans un monde riche en options, beaucoup d’entre elles m’ont déçu. Par contre, Jésus vient à mon secours quand j’ai envie de fuir et il me libère de la servitude par rapport à tout un éventail de choses qui ne me satisfont pas.

Pour moi, Jésus n’est pas qu’un exemple à imiter ayant dit de belles choses. Dans ma quête de soulagement, j’ai trouvé un ami et un Dieu qui apaise parfaitement mon désir de fuir.