La grande Révolution
photo par Tim Sackton
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L’Action de Grâce est une de mes fêtes préférées.  Chaque année, ma famille et moi passons un bon temps assis autour de la table à rire, manger et à se rappeler du passé. Une des histoires que nous aimons raconter est affectueusement nommée : La grande Révolution…

C’était l’Action de Grâce et, malgré le fait que j’étais bel et bien une adulte de 22 ans, j’avais été reléguée à la table des enfants. Je n’étais pas du tout impressionnée. Dans notre famille, la différence entre la table des enfants et celle des adultes est assez évidente : ma mère met le repas sur la table des adultes qui est bien mise avec la vaisselle d’occasion et les enfants doivent quitter leur table pliante vide pour aller y chercher ce qu’ils veulent manger.  Déçue d’avoir été considérée comme une enfant, je m’étais résignée à  accepter mon sort, qui était, avouons-le, loin d’être une torture.

C’est à ce moment que j’ai eu une idée amusante. Un sourire en coin, j’ai proposé à ma table : « On devrait donner une leçon aux adultes, faire une révolution pour qu’ils se rendent compte qu’on n’est plus des enfants. »  Étant tous d’accord, nous avons formulé un plan d’attaque : Nous allions voler aux adultes le repas de l’Action de Grâce !

Serait-il possible de voler le festin de l’Action de Grâce à une douzaine d’adultes en train de le manger ? Nous étions déterminés de le faire. En tant que leader du groupe, j’ai pris la charge en dérobant le sel et le poivre des adultes qui parlaient sans qu’ils s’en rendent compte.  Mes complices m’ont suivi en prenant le pain, le beurre, la sauce et les canneberges sans trop de trouble. C’était ensuite le temps de passer aux choses sérieuses : serions-nous capables de voler les plats les plus populaires du festin ? Avec hésitation, mais précision, ma sœur et mon cousin nous ont ramené la farce, les patates pilées et les petits pois sans que les adultes nous lancent même un seul regard. Notre table commençait à être pleine et celle des adultes se vidait. Mais il restait encore la pièce de résistance : si nous réussissions à dérober la dinde sans que personne ne nous soupçonne, nous pourrions déclarer la victoire ultime. Avec les regards de mon équipe fixés sur moi, je me suis tranquillement approchée de la table des adultes et suis partie avec la dinde. Déposant  ce dernier plat sur la table pliante des enfants, nous ne pouvions contenir nos rires. Nous avions obtenu la victoire et les adultes n’en avaient aucune idée !

Éventuellement, ils se sont rendu compte que leur table était vide. Leur confusion s’est rapidement transformée en rires quand ils ont vu notre table maintenant débordante de nourriture. Même maintenant, chaque fois que j’y pense, je ne peux m’empêcher de rigoler. Récemment, par contre, cette histoire me fait réfléchir. C’est ironique que, malgré le nombre d’heures que ma famille a passé à préparer le repas, ils n’ont même pas remarqué son absence quand nous l’avions volé.  Au fond, quand j’y pense, j’ai souvent fait la même chose dans ma vie.

J’ai travaillé comme une déchaînée pour des choses qui ont souvent peu d’importance. Mes notes à l’école, ma performance au travail et mon apparence ont  souvent été le résultat d’une réponse aux attentes des autres. Mais y a-t-il un sens à tout cela ? Les accomplissements de ma vie pourraient-ils, comme la dinde de l’Action de Grâce, disparaître sans qu’on s’en rende compte et laissant ma vie vide de sens ?

Il y a quelques années, j’ai réalisé que le stress que je vivais ne valait pas la peine. Je me suis rendue compte que je m’acharnais sur des choses qui, bien que bonnes, pouvaient disparaître en un instant. C’est à ce moment que j’ai découvert Dieu. Un Dieu qui m’aime, même si je ne réponds pas toujours à ses attentes.  Un Dieu en qui je peux faire confiance, qui ne disparaîtra jamais et qui donne un sens à ma vie. Cette découverte a certainement été la plus grande révolution que je puisse connaître. Tandis que je m’apprête à célébrer l’Action de Grâce avec ma famille, c’est cette révolution dont je suis la plus reconnaissante et dont je veux me rappeler.

Et toi, comment vois-tu les accomplissements de ta vie ? Es-tu sûr qu’ils valent l’effort que tu leur consacre ? 

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