La rivalité
photo par Jacques
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Je vais toujours me rappeler son visage, son air condescendant et ses paroles, les dernières que je voulais entendre :

« Les Nordiques sont partis, c’est terminé, ils ne reviendront plus jamais. »

Ce journaliste de Radio-Canada semblait cacher une joie, il avait l’air de crier victoire. Et moi je le haïssait pour ce qu’il venait de dire et pour le ton sur lequel il l’avait dit. Je voulais lui faire ravaler ses paroles mais je ne le pouvais pas. Les faits étaient que j’avais perdu la bataille, perdu la face, perdu mon identité.

Je suis né à une époque où tout québécois, ou à tout le moins tout garçon québécois devait faire un choix: être partisan du Canadien de Montréal ou des Nordiques de Québec. Il fallait prendre position et il fallait le faire avec soin, parce que notre choix allait nous valoir acceptation d’un groupe, et persécution et rejet d’un autre.

J’étais tellement jeune quand j’ai choisi les Nordiques que je ne me rappelle pas clairement ce qui a motivé ma décision. C’était peut-être le fait que mon père était un ardent partisan des Nordiques. Sinon c’était tout simplement parce que Peter Stastny et Michel Goulet étaient de loin les meilleurs joueurs de hockey.

Si je ne me souviens pas pourquoi, je me rappelle très bien toute l’intensité avec laquelle on vivait cette rivalité. Les parcours d’autobus pour se rendre à l’école étaient des moments intenses. On narguait les partisans des « Canachiens » et ils faisaient de même à propos de nos « Nordindes ». On parlait du prochain affrontement des deux équipes des jours à l’avance. Le lendemain d’une défaite, c’était la honte, le lendemain d’une victoire, la fierté et le malin plaisir de tourner le fer dans la plaie de nos “amis” adeptes de la Sainte Flanelle.

Je me souviens avoir détesté Patrick Roy (prononcer Patrick-eu-Roy), ce gardien prétentieux qu’on traitait de tous les noms, mais qu’on n’avait pas le choix de respecter parce qu’à notre grand désespoir, il était bon. Il était le rempart du Canadien pendant les années noires des Nordiques, où les victoires tout court étaient rares. Puis l’espoir revenait tranquillement avec l’émergence du magnifique Joe Sakic, l’échange de Eric Lindros qui nous a donné l’incroyable Peter Forsberg et une poignée de joueurs dignes de respect. On avait l’impression que la coupe était possible. Puis vlan!

« … c’est terminé, ils ne reviendront plus jamais. »

Ce jour là une grosse partie de moi s’est envolée en fumée.

Il me restait seulement la haine, la honte, la frustration, puis une question: Je suis qui finalement?

Maintenant, je sors encore faire mon jogging avec mon gilet bleu de Joe Sakic, mais j’ai aussi une casquette des Penguins de Pittsburg et une autre des Canucks de Vancouver. J’ai « pardonné » au Canadien de Montréal et je suis un peu leurs résultats, c’est bien sûr plus facile quand tous les acteurs de la vieille rivalité sont partis. Si les Nordiques reviennent à Québec, je vais m’y intéresser mais je ne sais pas si je vais m’y attacher autant qu’avant. Je me suis assez fais mal une fois…

Je préfère mettre mon identité dans des choses plus solides…

Pouvons-nous mettre notre confiance sur quelque chose de plus solides ? Quelles sont ces sortes de « choses plus solides » . A ton avis, est-ce qu’il y a quelque chose ou quelqu’un qui est stable à jamais ?

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  • Francis Laplante

    …ouais, mais les Nordiques étaient bons. Facile d’être tenté. Non !?

    Un fan Nordique, difficilement repentant, mais bon … j’y travaille …

    • Jacques Robitaille

      On se comprend Francis! 😉