L’amour peut-elle soigner le Moyen-Orient?
Photo par Rod Waddington
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Cet automne, une émission rend ma famille captive au petit écran, nous tenant en haleine sur le bout de nos divans à chaque fois qu’elle se termine parce qu’on meurt de voir la suite. Il s’agit de 30 Vies. C’est l’histoire d’une école secondaire à Montréal, le « Vieux-Hâvre » et les vies qui s’entrecroisent entre ses multiples enseignants, intervenants et élèves.

On est rendu au 35e épisode. Lou Gauthier, prof de géographie, se soucie de Marie-Soleil, une de ses élèves qui a des carences affectives et qui en est à son 8e foyer d’accueil. Plus tôt, elle l’a confronté par rapport à son déficit d’attention en classe pour réaliser que son étudiante est constamment sous médication. Marie-Soleil vient de déclarer à son tuteur qui la confronte sur sa consommation : « J’échange pas du pot contre du sexe. J’échange du pot contre de l’amour. Pis j’aime ça. » Lou va finir par enfin regarder le téléphone de l’adolescente pour voir à qui elle texte tout le temps dans sa classe pour réaliser que tout ce temps-là elle se textait à elle-même. Lou se rend compte que Marie-Soleil est une enfant non désirée, une personne mal aimée. Dépassée par ce qui se passe, Lou se tient pensive devant sa carte de géographie dans sa classe. Une collègue de travail passe et lui demande ce qu’elle fait. Lou répond « Oh rien… Je me demandais si l’amour pouvait régler les conflits au Moyen-Orient. »

Est-ce que la source des problèmes dans nos vies serait peut-être reliée au manque d’amour? Est-ce que l’amour peut réparer une vie? Est-ce qu’elle pourrait soigner le Moyen-Orient?

À la surface, on dirait que non. C’est tellement plus compliqué que ça. On n’a pas besoin de prendre le Moyen-Orient en exemple pour le voir. Nos vies sont bourrées de « causes et effets » sociaux qui viennent et partent en toutes sortes de directions, qui prennent toutes sortes de proportions mesurées et démesurées. On peut blâmer notre environnement, le gouvernement ou nos parents, mais on dirait que le problème n’est jamais de notre bord. Que ce soit immérité ou non, on semble toujours être victimes d’une histoire qui nous dépasse. Quelque chose qui semble même dépasser l’amour.

D’un autre côté, l’amour est si essentiel à la vie. C’est difficile d’imaginer comment il ne pourrait pas guérir. En chacun de nous, on croit tous que l’amour devrait être la plus grande des vertus. Elle doit courir au rythme de la justice. Elle répond à la haine par la grâce, à la guerre par la paix. Elle ne recule pas lâchement devant les conflits nécessaires, sachant qu’à travers eux on peut grandir. Elle se bat courageusement pour la liberté. Son coeur est un champ de bataille contre le mal. Elle est prête à donner sa vie pour les autres.

Assez de poésie, de retour à 30 Vies. Après que Lou discute avec sa collègue du problème de Marie-Soleil là devant la carte des continents, celle-ci se prononce : « En passant, la réponse est oui. Avec l’amour, on pourrait soigner le Moyen-Orient. Mais pour ça, faut aimer des gens qu’on aime pas. »

Touché.

Elle n’est pas la première à dire cela. Ça me fait beaucoup penser au discours de Jésus : « Il a été dit ‘Tu aimeras ton prochain et tu détesteras ton ennemi.’ Mais moi je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous détestent et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent. » Ce n’est pas un amour passif, qui attend qu’on prenne le premier pas avant d’agir. C’est un amour qui prend l’initiative, qui tend la main. Mais Jésus ne fait pas que donner un commandement parmi tant d’autres. Il décrit avant tout, l’attitude et le comportement de la personne qui aime vraiment.

Un bon jour, Jésus se fait interroger par un homme religieux qui essaie de lui tendre un piège. Sachant que les juifs avaient plus de 613 commandements (ce qui incluait des commandements additionnels qui empêchaient de briser les vrais commandements!), celui-ci lui demande: « Maître, quel est le plus grand commandement de la loi? » La réponse de Jésus est brillante. Au lieu d’en choisir un au hasard, il les résume tous par un, voir deux : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est le premier commandement et le plus grand. Et voici le deuxième, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Je ne sais pas pour vous, mais si je regarde les déclarations de Jésus, je trouve que c’est plus facile à dire qu’à faire. Certes c’est de la musique à nos oreilles mais c’est le cas jusqu’au jour où on essaie de le mettre en application. Avez-vous déjà eu un ennemi, quelqu’un qui voulait sincèrement vous nuire? Si oui, vous savez exactement de quoi je parle. Et si on est comme Marie-Soleil et on manque d’amour? Comment pouvons-nous fournir ce qui nous manque? Encore là, l’offre est plus petite que la demande. Si je dois me fier sur mon propre amour pour soigner le Moyen-Orient, je ne vais pas y arriver. Je n’en ai pas assez.

En fait, si je suis franche, j’ai moi-même besoin que quelqu’un vienne m’en donner. En quelque sorte, le Moyen-Orient c’est moi.

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