Le cadeau
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Le samedi 8 novembre 2008, ma vie a volé en éclats – littéralement. Un paquet que j’avais mépris pour un cadeau a explosé alors que je le portais dans mes mains.

C’était le jour de notre déménagement. Notre maison en rangée vendue, nous nous rendions avec empressement à notre nouvelle maison, plus grande, dans la hâte de voir nos deux jeunes filles en profiter. C’est en sortant de la porte arrière pour vérifier que tout avait été ramassé dans la cour que j’ai vu le cadeau. « Comme c’est gentil! », me suis-je dit. « Un de nos voisins nous a offert un cadeau pour notre déménagement. »

Et c’est alors que ce paquet brillamment décoré a explosé subitement entre mes mains.

Abasourdi, en manque d’air, souffrant d’une douleur atroce, je me suis jeté sur le sol dans l’espoir de diminuer le débit du sang qui coulait à flot de mon visage. On m’a transporté d’urgence à l’hôpital, où j’ai subi des chirurgies multiples pour réparer mon foie, mes sinus et ma mâchoire, ainsi que les blessures au visage, aux bras et à l’abdomen causées par le shrapnel. Malgré toutes ces chirurgies réussies, mon corps ne sera plus jamais le même.

Le jour de ma sortie de l’hôpital, ma femme et moi sommes retournés à la scène du crime pour constater de première main les dégâts. L’explosion avait creusé de grands trous dans les murs, le plafond et même le plancher en ciment. Le shrapnel a même réduit en éclats la fenêtre du voisin de l’autrecôté de la rue. Selon les policiers, la bombe avait été créée pour tuer.

Cette expérience a plongé ma famille et notre communauté dans la confusion. Notre histoire s’est trouvée à la une des quotidiens du pays. « Pourquoi quelqu’un attaquerait-il une famille innocente comme la nôtre? » Un an après l’incident, les enquêteurs ont annoncé que la bombe ne nous était pas destinée, ni à moi, ni à ma famille. Cependant, jusqu’à ce jour, personne ne peut expliquer ni le qui, ni le pourquoi de l’incident.

Je crois que lorsque quelque chose de mal se passe, la plupart d’entre nous se demandent « Pourquoi? » Nous avons tous un profond désir de voir la justice triompher et le mal puni. Lorsqu’on devient soi-même victime de la souffrance, la justice devient plus importante que jamais à nos yeux.

On m’a souvent demandé ce que je dirais au créateur de la bombe, si jamais je le rencontrais. Ma réponse est assez simple. Même si mes blessures étaient sérieuses et que j’aurai à vivre avec des séquelles toute ma vie, je ne suis pas amer envers lui. En fait, je ressens plutôt de la compassion. Tôt après l’explosion, je suisvenu à la conclusion que la personne qui a pris le temps de construire une bombe si destructrice et volatile doit être une âme tourmentée, remplie de haine. Je pourrais certes la haïr en retour, mais quelqu’un m’a enseigné une autre voie à suivre.

Comme disciple de Jésus, je me trouve grandement consolé par sa réponse à l’injustice. Il a toujours été un modèle d’amour et de pardon. Il nous a enseigné à aimer non seulement notre voisin, mais aussi notre ennemi. Ses actions sont même plus puissantes que ses paroles : après un procès des plus injustes, quelques moments avant sa mort sur la croix, il a demandé à son Père céleste de pardonner à ses bourreaux en disant : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. » Jésus a payé le prix qu’exige l’injustice depuis l’aube de l’histoire.

Bien avant la bombe, je suis venu à comprendre ce que la souffrance de Jésus a accompli pour moi. Cette compréhension de son oeuvre n’a pas seulement transformé mon coeur, mais ma vision de la vie. Je suis un être imparfait, qui déçoit constamment Dieu. Je suis autant capable de haïr que la personne qui m’a attaqué. Malgré cela, la mort et la résurrection de Jésus m’offrent l’espoir d’une justification ultime. Ce n’est que parce que j’ai goûté à l’amour et au pardon parfait de Dieu pour moi que je suis capable d’offrir la miséricorde à la personne qui a menacé ma vie ainsi que celle de ma famille.

Comprenez-moi bien. J’espère que le coupable répondra de son crime un jour. Cependant, même si cela n’arrive jamais, je sais que Dieu est juste et que sa justice triomphera. Jésus a pris sur lui-même toute notre injustice, une injustice infiniment plus vaste que celle que j’ai connue, pour que grâce à lui nous puissions nous trouver libérés de la souffrance et de la colère dues aux représailles.

Je crois vraiment que le seul moyen de voir une fin à la violence dans notre monde aujourd’hui pour plutôt vivre en communauté tel que Dieu le veut, c’est d’offrir un amour inconditionnel à tous, comme Jésus l’a fait. La seule façon que je peux apprendre à aimer ainsi, c’est en approfondissant ma relation avec Jésus. Chaque jour, je dois inviter celui qui aime parfaitement et qui agit justement à me rendre capable de vivre l’amour et la justice authentique.