S’effondrer en se demandant pourquoi
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« Et mes rêves ne sont en rien ce qu’ils devaient être. Et je m’effondre, je crois que je m’effondre. [. . .] Que quelqu’un vienne, vienne me sauver la vie. » — Dallas Green

« Je déambule des heures entières dans les rues de Palermo, à boire du café noir et corsé et à me demander ce qui cloche chez moi. J’ai réussi, je suisle plus grand joueur de tennis au monde, mais je me sens pourtant vide. Or, si le fait d’occuper le premier rang mondial procure un sentiment de vide, d’insatisfaction, à quoi
bon ? » Andre Agassi

« Cieux, étonnez-vous-en, soyez-en horrifiés et consternés, l’Éternel le déclare. Car mon peuple a commis un double mal : il m’a abandonné moi, la source d’eaux vives, et il s’est creusé des citernes, des citernes fendues et qui ne retiennent pas l’eau. » — Jérémie 2.13

« Celui qui boit de cette eau, reprit Jésus, aura de nouveau soif. Mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif. » — Jean 4.13-14

J’ai déjà eu un professeur d’anglais qui attribuait la misère humaine aux idéaux. Si seulement les gens apprenaient à vivre dans un monde sans idéaux, raisonnait-il, ils cesseraient d’être déçus. Selon lui, les idéaux étaient inatteignables – ils ne faisaient qu’accroître des espoirs et des attentes impossibles à satisfaire et, par conséquent, étaient à la racine de toute contrariété et de tout désespoir. Il croyait préférable que l’on rejette les idéaux en bloc et que l’on vive sans eux.

Dans un sens, je suis d’accord avec lui ; je peux comprendre qu’une personne renonce à trop espérer.

Comme je sais aussi bien que n’importe qui que, lorsque les craintes se concrétisent et la douleur nous envahit, il est facile de vouloir vivre dans un état de nonchalance. Il semblerait que l’espoir rende vulnérable à la douleur. Il serait moins dangereux de vivre sa vie le coeur entre quatre murs de verre. Comme le chante Dallas Green, si nous découvrons que tous nos « rêves ne sont en rien ce qu’ils devaient être », nous nous effondrons le souffle coupé. Si nous nous sommes donnés en entier à la réalisationde nos rêves et que nous les trouvons en définitive « vides et insatisfaisants », comme cela a été le cas d’Andre Agassi, nous sombrons dans le désespoir.

Et pourtant, si nous cédions à un rare instant d’honnêteté, il se pourrait que nous admettions espérer plus, voire l’idéal. Il y a quelque chose qui nous échappe, qui reste continuellement au-delà de notre portée. N’est-ce pas curieux ? Nous agissons selon notre poursuite du bonheur. Nous faisons ce que nous voulons quand nous le voulons. Nous sommes prêts à tout acheter, à tout faire, à tout sacrifier. Nous multiplions nos efforts, mais nous aboutissons au vide le plus souvent. Ou encore, nous finissons blessés.

Et si tout ce que nous croyons vouloir – nos rêves, nos objectifs, nos quêtes – n’était qu’une pâle imitation de ce dont nous avons soif en réalité ? Et si nous avions mis notre espoir dans les mauvaises choses, le confiant à des contrefaçons jamais capables de tenir leurs promesses ?

Se pourrait-il que nous ayons vécu toute notre vie dans un monde brisé n’étant que le piètre reflet de ce qui devait être ? Ce que la Bible nous dit essentiellement, c’est que notre monde a été brisé et mis sens dessus dessous lorsque l’homme a choisi de se rebeller contre son Créateur, fracturant par le fait même notre relation avec lui et nous empêchant de puiser à la source de la vie. Depuis lors, il y a quelque chose en chacun de nous qui est tordu – qui nous pousse à chercher la satisfaction et un bonheur durable dans autre chose que celui-là même que nous avons été créés pour aimer. À la place de Dieu, nous avons mis en oeuvre des solutions de rechange, desquelles nous attendons ce à quoi nous aspirons. Toutefois, elles s’avèrent continuellement insuffisantes et incomplètes. Telle est la condition humaine, la réalité que la Bible dépeint pour nous.

Voici la véritable cause de notre misère et de notre soif : nous avons abandonné Dieu, la source de la vie, « la source d’eaux vives » et nous nous sommes « creusé des citernes, des citernes fendues et qui ne retiennent pas l’eau » (Jérémie 2.13). Étant donné que les citernes étaient des réservoirs souterrains servant à recueillir l’eau de source ou de pluie là où les sources d’eau naturelle faisaient défaut, une citerne fendue signerait un arrêt de mort par déshydratation, c’est-à direque l’on mourrait de soif.

L’analogie est valable : nous avons soif de la source d’eaux vives qui ne tarira jamais, mais au lieu d’aller y puiser, nous allons nous creuser dans le fossé des réservoirs inadéquats qui fuient sans fin. Toutes nos tentatives pour trouver une satisfaction et un bonheur durables sans Dieu nous conduisent à ce qui est fragile, brisé et suintant. Les conséquences : la mort, la souffrance et une futilité minable.

Nous sommes incapables de nous soustraire à notre propre misère. Nous en sommes cruellement conscients. Voilà pourquoi nous cherchons sans cesse une solution hors de nous-mêmes, auprès des autres ou des objets, espérant désespérément que « quelqu’un vienne, vienne [nous] sauver la vie ! » comme Dallas Green le chante. Seuls, nous nous effondrons. Nous avons besoin de quelqu’un pour nous sauver.

Or, il n’y a qu’un seul Être sur qui nous puissions nous appuyer entièrement – un seul qui soit absolument fiable. C’est celui qui est entré dans notre monde brisé et qui a laissé briser son propre corps pour restaurer notre relation fracturée avec Dieu. Il vient à notre secours et il nous procure un espoir véritable. Son nom est Jésus-Christ, et voici ce qu’il nous promet : « Mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif » (Jean 4.14a).

En définitive, nous avons le choix. Nous pouvons continuer d’investir notre confiance, notre consécration, nos espoirs et notre joie dans des citernes fendues qui ne donnent rien, mais nous avons déjà fait ce choix par le passé et nous savons où il nous a menés. Ou encore, nous pouvons emprunter un nouveau sentier, nous détourner de nos faux dieux et nous abandonner au vrai Dieu qui procure la vie, cette vie dont notre âme a soif.

Green, Dallas. (City and Colour), « Sleeping Sickness », Bring Me Your Love, 2008.
Agassi, Andre. Open: An Autobiography, New York, Knopf, 2009, p. 204.

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